J’avoue être très curieuse des gens en général, et si vous devez me lire quelques fois, peut-être serez-vous curieux à votre tour de qui se cache derrière ces petites recettes et histoires…

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours aimé passionnément la cuisine

Mon jardin d’Eden, à jamais disparu, c’est celui de Fermaincourt, de mes grands-parents gastronomes… Maurice m’entraînait dans son potager dont il était si fier : Nous plantions allègrement haricots-verts, céleri perpétuel, radis, laitues, pommes de terre, fraises et navets, persil et blettes, ciboulette et tomates… Avec Lucienne, nous cueillions les framboises, les cassis, les groseilles et les mirabelles, les poires, les pommes et les quetsches avant de les transformer en confitures fumantes et odorantes.

Ah ! Cette extase devant la bassine en cuivre, perchée sur mon tabouret, lorsque d’un geste agile, elle récupérait l’écume qui se formait au-dessus du jus grenat bouillonnant. Je me délectais de cette barbe de nuage rose framboise… De la poésie à l’état brut vous dis-je !

N’en déplaise à ma maman, excellente cuisinière et hôtesse émérite, mes grands-parents sont pour beaucoup dans mon éducation gustative. Ils me traînaient dans tous les restaurants et je m’offusquais quand les serveurs me proposaient le menu enfant, triste à mourir avec son steak haché et ses frites banalisées. Ils m’emmenaient chaque année découvrir les attraits culturels et gastronomiques bien entendu, d’une région de France. Mon grand-père en profitait bien sûr pour enrichir sa cave bien-aimée de nouvelles références.

Ma maman quant à elle, a toujours beaucoup invité. Haute comme trois pommes, je patouillais avec elle pour confectionner le dessert. La Cuisine est un jeu d’enfant de Michel Oliver et J’apprends à cuisiner des petits plats, des desserts, des goûters avec ses minis cuisiniers dessinés survolant les culs de poule, étaient nos bibles à toutes deux et figurent encore en bonne place sur mon étagère entre l’Escoffier et Hélène Darroze !

Et puis j’ai commencé à faire toute seule les pâtisseries pour ses amis : profiteroles, tarte au citron meringuée, charlotte aux poires n’avaient plus de secret pour moi.

Alors quand au Cours Florent pour le premier cours de travail devant la caméra, on nous a donné carte blanche, c’est tout naturellement que j’ai choisi de mettre en scène le cake d’Amour de Peau d’âne, pour allier mes passions : le jeu, la chanson et la cuisine. C’est d’ailleurs pendant ma période parisienne que j’ai découvert l’univers des restaurants de l’intérieur. Pour payer mes cours de théâtre, j’ai commencé à travailler comme serveuse et je mettais même la main à la pâte et dressais les assiettes qui partaient en salle dans un bar à vin de la rue de Charonne.

Mais les charmes de la vie de Bohème n’ont qu’un temps, du moins en ce qui me concerne. J’ai vite déchanté devant cette vie parisienne où tout est frénésie et où la nature et le naturel ne sont qu’un concept tendance. A 23 ans, je me suis prise à rêver à un retour en province, dans ma belle Auvergne, mais il me fallait un fil d’Ariane pour que mes différentes expériences soient mises à profit.

C’est bien sûr, car vous commencez à me connaître, autour d’une table, devant un bon petit plat et avec mes amis chers, que tout c’est accéléré… Ils ont fini de me convaincre de me lancer en cuisine, d’ouvrir un restaurant où il ferait bon se retrouver, voir un concert, du théâtre, découvrir, apprendre et s’amuser, titiller tous les sens à la fois. Et je suis rentrée, et on a commencé à parler sérieusement de ce projet avec deux amis qui se lanceraient avec moi dans l’aventure. Cela fait maintenant 5 ans, il a fallu se confronter à nos réalités budgétaires et se donner du temps pour mûrir tout cela, mais je sais que l’envie est toujours là et que sous une forme ou une autre nous concrétiserons un jour nos rêves.

En attendant, je me suis formée à la cuisine pour de vrai ! Je me suis retrouvée doyenne sur les bancs de l’école avec des apprentis de 17 ans, en décalage complet avec tout ce que j’avais pu vivre jusque là, immergée dans un nouveau monde. Je travaillais moi aussi comme apprentie dans divers restaurants, j’ai découvert la cuisine gastronomique aussi bien que la cuisine traiteur, à préparer des dîners pour 1300 personnes… J’ai appris à obéir aux ordres sans demander le pourquoi des choses et ça, ça !… Croyez-moi, ce fut très dur pour moi ! Enfin, j’avais un excellent professeur de cuisine et j’ai obtenu mon BEP et mon Brevet Professionnel. Comme quoi tout est possible !

Mais ce n’est une surprise pour personne, les horaires en restauration sont infernaux et les salaires dérisoires, quand on n’est pas son propre maître. J’avais rencontré Monsieur, qui n’a rien à voir avec la cuisine, pendant mes études et je voulais avoir l’opportunité de fonder quelque chose avec lui. Je me suis donc tournée vers la restauration collective, pour avoir le temps de faire du théâtre, d’écrire, de vivre et maintenant de voir un bébé venir peu à peu au monde… Mais ne vous y trompez pas ! La restauration collective est aussi un bel apprentissage : Tous les jours, je dois surprendre avec des produits du quotidien, faire au meilleur et au moins cher sans jamais rien jeter. Passionnant !

Et me voilà à 28 ans, avec des projets plein la tête, des envies de m’exprimer, de vous faire partager mes petites envies du quotidien, les livres qui font saliver rien qu’à les lire, mes découvertes de restaurants, de produits dont l’histoire est un poème à lui tout seul.

J’espère que vous prendrez goût à m’accompagner dans mes pérégrinations gustatives !

Bien à vous.