Bien le bonjour à tous. 

Aujourd'hui, point de cuisine. J'avoue être moi-même noyée dans l'océan de nouvelles recettes qui fleurissent sur la toile, toutes plus alléchantes les unes que les autres, et réfléchir à ce que j'aime vraiment partager ici. 

Au milieu de cette réflexion, j'ai du être hospitalisée pendant une bonne semaine à Estaing pour un souci de cholestase gravidique deux mois avant le terme de ma grossesse. Pour les fidèles, les amis, vous savez ce qu'est une cholestase gravidique, pour les autres, une cholestase, c'est la bile qui décide de ralentir, de flemmarder, de travailler comme elle peut, mais en tout cas pas assez pour la femme enceinte et son bébé... Les toxines ressortent donc par la peau et amènent des démangeaisons, et surtout, elles peuvent venir subrepticement empoisonner le foetus. 

D'où une surveillance accrue de ma petite pomme. Surtout que sujette également à une maladie génétique rare inédite ou presque, le LPAC syndrom (dont je parlais ici), je prends déjà quotidiennement le seul et unique médicament que les docteurs ont sous le coude pour soigner les cholestases...

Enfin, pour l'instant, nous sommes apparemment tirées d'affaire, ma troisième crevette et moi, puisque mes analyses sont revenues quasiment à la normale (merci le repos, l'augmentation de ma dose de Delursan, l'acupuncture, les petites plantes miraculeuses et les amis), et je devrais pouvoir revoir mes grandes, mon homme, mes poules et ma maison aujourd'hui, pour patienter encore un peu à deux...

Et j'ai terriblement hâte de ne plus avoir à manger les épouvantables plateaux repas de l'hôpital. Parce que je n'en peux plus du mou, du sans goût, du sans vie. Les aides soignantes, sages femmes ont l'air bien désolé mais évidemment, elles ne sont pas responsables du contenu de nos assiettes. 

Je me suis donc décidée à écrire une lettre ouverte à Madame Rougier, directrice du CHU Estaing, en espérant qu'elle trouvera suffisamment d'écho. Je sais par avance qu'on me rétorquera que les moyens mis à la disposition de l'établissement, les contraintes des règles HACCP et le nombre de cas particuliers traités en même temps à l'hôpital, ne permettent pas d'amélioration, mais je reste naïve et veut croire en un possible changement, car l'alimentation est la première des médecine, n'est-ce pas?

 

LETTRE OUVERTE A MADAME ROUGIER, DIRECTRICE DU CHU ESTAING

Clermont-Ferrand, le 27 juin 2017

A l’attention de Madame Rougier,

 

            Madame,

 

            Hospitalisée entre le 19 juin et le 28 juin 2017 au CHU Estaing en Grossesse à Risque, je finis par vous écrire face au désastre total qu’est le service de restauration dans l’hôpital que vous gérez.

J’ai eu malheureusement souvent l’occasion de goûter vos plateaux lors d’hospitalisations en Grossesse à Risque puis Unité Kangourou en mai 2010, en gastro en juillet 2014, puis janvier et juin 2016 et enfin ces jours derniers en Grossesse à Risque.

Je suis moi-même cuisinière de formation (BEP et BP Cuisine) et j’ai travaillé en restauration collective au sein de deux gros acteurs du secteur COMPASS et ELIOR respectivement 3 et 1 an, pour assurer 1300 couverts quotidiens pour le service de midi, puis 600 couverts. J’ai également suivi une formation HACCP complémentaire à l’UMIH en décembre dernier. Je m’intéresse également de très près aux approvisionnements locaux, et aux alternatives alimentaires, puisque je suis sujette à pancréatites à répétition et souffre très certainement d’un syndrôme LPAC, maladie au long court diagnostiquée dans vos services.

C’est donc de façon très objective et renseignée que je me permets de vous signifier mon mécontentement le plus prononcé quant au contenu et au contenant des assiettes que vous proposez aux personnes hospitalisées.

 

Première remarque : les « feuilles de goûts » que vous distribuez en début d’hospitalisation semblent rester lettre morte puisque j’ai eu sur mes plateaux tout ce que j’avais coché comme « ne voulant pas consommer ». Cela doit être d’ailleurs un vrai pensum pour les aides soignantes de renseigner ces grilles pour chaque patient. Aides soignantes qui étaient bien désolées d’ailleurs de ne pouvoir modifier un tant soit peu le plateau attribué à la patiente que je suis puisqu’apparemment, toute latitude leur est peu à peu enlevée. On en arrive à des aberrations où l’on augmente le gaspillage alimentaire puisque ce qui n’est pas consommé doit être jeté, par mesure d’hygiène.

Quant à mes goûts, cette fois-ci, je n’ai pas osé dire à mon entrée que je suivais un régime « sans gluten et sans produits laitiers de vache » (case qui n’existe pas sur votre fiche de goût d’ailleurs) La fois d’avant, je me suis retrouvée avec des plateaux sans sel, après avoir dû plaider mon cas auprès d’une diététicienne peu ouverte aux alternatives et à l’alimentation comme première médecine. Je me suis donc pliée au régime traditionnel.

Je sais que vous avez des contraintes budgétaires ultra rigoureuses et des normes d’hygiène drastiques à appliquer. Il n’empêche que le résultat est calamiteux et ne peut en aucun cas accompagner la guérison des personnes hospitalisées dans vos murs.

Rien n’a de goût, rien n’a de texture, rien n’a de couleur. Tout est surgelé, standardisé, surcuit (à part vos escalopes de poulet et autres rôtis qui restent tendres, car ils sont bien cuits en température basse, pour préserver le maximum de poids au final). Tout baigne dans des graisses saturées, hydrogénées, et bon marché. La vinaigrette dont tout est arrosé, n’a aucune saveur, elle est juste grasse, épaisse et blanchâtre pour mieux souligner la fadeur de l’ensemble. Aucune mention de la provenance des produits évidemment, ni de la composition des farces, panés fromagers écœurants et mauvais pour la santé, saucisses ultra mixées, sucrées, trafiquées.

Il est également incroyable que 3 plateaux sur 4 proposés ne proposent même pas une crudité. Un légume cru par repas me semble être la base d’une alimentation saine et équilibrée. Or je n’ai pas vu de mon séjour une feuille de salade, pas un légume de saison, à part des tomates élevées aux pesticides dans des contrées lointaines. Je ne comprends pas que vous fassiez le choix des légumes hors saison, poussés aux engrais et surcuits pour soutenir le mieux être de vos patients.

Aucune vitamine, aucun nutriment, aucune étincelle de vie ne doit être ingurgitée par les personnes hospitalisées chez vous. Alors que nous sommes tous lorsque nous passons entre vos mains dans une situation d’urgence qui nécessite justement le plus de soin pour nos assiettes et le maximum de vie à chaque bouchée. Vous remplissez des ventres sans vous soucier du plaisir et de la valeur fondamentale de la nourriture. Le seul et unique souci : l’hygiénisme, le risque zéro et le coût de l’assiette. Je comprends évidemment qu’il y a des cas où tout risque de contamination ou d’allergie doit être éviter, mais cela n’empêche qu’en y mettant du cœur on peut redonner du goût à toute chose. La purée flocon gonflée à l’eau est une ignominie, depuis quand une pomme de terre bien lavée représente-t-elle un risque pour la santé ?

Depuis quand une salade correctement désinfectée, un fenouil, un céleri est-il un danger pour le patient ?

Sans abuser des épices qui peuvent peut-être des fois provoquer des allergies, le thym, le laurier, les herbes aromatiques semblent ne pas avoir le droit de siéger dans vos cuisines centrales.

J’ai vraiment l’impression de manger du vide, du prémâché, de l’inutile.

Et je plains tellement les diététiciennes et les cuisiniers qui œuvrent chez vous ! Parce qu’apparemment ils peuvent dire ce qu’ils veulent, seul le budget compte.

 

Un mot enfin sur les contenants. Je sais bien que l’hygiénisme est roi, que tout doit être stérile et qu’il ne faut pas de contamination croisée, mais ces barquettes plastique atroces scellées, n’y aurait-il pas moyen de les remplacer ? Revenir à des assiettes en dur qui elles ne viennent pas gonfler repas après repas les poubelles déjà débordantes des hôpitaux ? Sans compter les migrations de molécules qui doivent s’effectuer lors de la phase de chauffe des aliments dans les barquettes. S’il y avait encore une once de vie dans l’aliment avant la remise en température, nul doute qu’elle a été anéantie et polluée par les merveilleuses nanoparticules dont on parle tant actuellement.

Je ne pense pas être la seule à trouver que c’est un contresens écologique et sanitaire.

 

J’ai la chance d’être clermontoise et d’avoir des moyens suffisants pour être ravitaillée en fruits, légumes, pain sans gluten et autres produits sains. Je ne suis donc pas complètement captive de votre vision de l’alimentation dangereuse pour la santé à force d’être trop normative et craintive. Je ne m’aventure même pas sur le terrain des recommandations alimentaires selon le type de pathologies ou d’états dans lesquels se trouvent les personnes hospitalisées. Je sais que je passerai encore davantage pour une capricieuse déconnectée de la réalité et des contraintes de l’hôpital.

J’aurais aimé cependant que vous entendiez ma voix car elle est sincère et parce que je suis persuadée qu’une amélioration est possible en respectant les budgets, votre personnel et vos patients.

Cordialement

 

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