Une fois n'est pas coutume, je ne vais pas vous parler ripailles, mais cinéma, une de mes autres marottes un peu plus intime.
Je suis allé voir Captain Fantastic de Matt Ross et ne peux que vous conseiller d'en faire autant.
Et non, ce n'est pas Que parce que Viggo Mortensen, alias Ben occupe quasi tous les plans du film et qu'il est si diablement beau même en costume d'apparat hippie rouge et chamarré, que je me tâterais presque à aller tenter la grimpette sur les rocheuses sous la pluie pour lui chatouiller la barbichette, qui lui sied comme un gant, à condition qu'il abandonne un peu les patchworks et les mandalas...

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Captain Fantastic c'est une bouffée de grand air, d'idéalisme boxé par la réalité pas si mauvaise que cela...

Un père protège ses enfants de la société de consommation qu'il a connu et les a usés lui et sa femme, en les faisant vivre dans une yourte au milieu des montagnes, à chasser le cerf, à lire à la bougie Marx, les Frères Karamazov et Noam Chamsky, et à aiguiser chacun de leurs muscles en hommage à la vie qui les traverse. Les images de ce retour à la nature version vingt-et-unième siècle, les couteaux de chasse high Tech en plus, sont magnifiques, mais la dureté du quotidien est loin de pouvoir convaincre la bobo que je suis de sauter le pas. Je crois de toute façon, que la volonté du réalisateur n'est pas de nous ramener tous à la nature non plus.
Et puis tout bascule. Parce que sa femme hospitalisée pour des problèmes nerveux auprès de ses parents dangereusement riches, se donne la mort, le père et ses six enfants partent affronter le monde extérieur.
Se succèdent des scènes cocasses qui interrogent nos certitudes quotidiennes en matière d'éducation, de rapports amoureux, de valeurs à inculquer. Dire toute la vérité, rien que la vérité et considérer les enfants comme des adultes, deux piliers de l'éducation délivrée par Ben, trouvent leurs limites au cours de ce voyage initiatique. Comme leur monde vacille, les enfants se confrontent à l'autorité paternelle qu'ils jugent oppressante et clivante, même si elle est débordante d'amour. Bodevan, le jeune homme de 18 ans, qui a supéré le rite de passage à l'âge adulte lors de la scène d'ouverture du film à la fois cruelle et magistrale, fait face à celui qui l'a guidé jusque là, et lui a choisi un prénom unique au monde, pour lui crier sa vérité: Il a l'intelligence des livres qui lui ouvre les portes de toutes les universités, mais il ne connait rien à la vie.
Pas de méchants, chacun vit avec ses certitudes, le schémas de convictions qu'il a accepté ou construit avec les années.
Captain Fantastic, qui incarne la remise en cause du système capitaliste, le retour à la nature, un mode de vie "hippie" au sens propre du terme, saura lui aussi évoluer.
En effet la valeur fondamentale qui inspire tout ce très joli film est bel est bien l'amour, qui nous pousse à vouloir maladroitement le bien de l'autre et à décider à sa place en occultant ses désirs profonds.
Seule l'écoute permet de résoudre les conflits et c'est cette écoute qu'il ne faut pas perdre de vue dans l'éducation aussi bien du point de vue de l'adulte que de celui de l'apprenant, semble-t-il.
Captain Fantastic apporte donc une grande bouffée d'humanisme et d'optimisme pas du tout naïf.
Foncez-y.

Captain Fantastic : bande-annonce VOST avec Viggo Mortensen