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Lundi 1er Juillet, l’Association Auvergne Nouveau Monde organisait la première conférence : « Venez rencontrer les Pépites du Nouveau Monde ».

Un bien beau titre, qui en promettait beaucoup, et lorsque l’on m’a conviée dans la première fournée de pépites, j’ai d’abord été surprise puis grandement stressée. Ma vie n’a rien d’exemplaire et mon entreprise n’est pas encore assez florissante pour pouvoir clâmer haut et fort : « C’est en Auvergne que j’ai réussi ! ».

Malgré tout, j’ai vu là une opportunité de parler autant de mon métier, de mon parcours un peu chaotique mais bien réel, que de mes préoccupations actuelles : le local et le bien manger. Je me suis prise au jeu et ai préparé mes 15 minutes de speech sans filet, pour une salle qui affichait complet dès l’ouverture des réservations.

 

Je vous épargne le début de mon intervention pendant laquelle je retraçais mon parcours droit, théâtre puis cuisine, pour expliquer mon entreprise actuelle La Table de Clémence où je cumule mes passions et mes compétences acquises le long du chemin : chef à domicile, cours de cuisine, animations culinaires en entreprise du petit déjeuner au dîner, mais aussi interventions radio, écriture d’articles et de billets, community management goûteux et réseautage en tous genres.

Je voulais juste pour les quelques curieux qui iront au-delà de ces lignes retranscrire ici la fin de mon bavardage, que je souhaitais ouvert sur de belles perspectives en matière d’alimentation, parce que la révolution passe par notre assiette et que j’aimerais que tout le monde en soit convaincu.

 

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Crédit photo Bertrand Soulier.

« En préparant cette intervention, je suis tombée sur un talk de Carolyn Steel, une architecte anglaise, qui intervenait lors d’une conférence Ted sur « Comment la nourriture dessine-t-elle nos villes ».

 

Elle explique son concept de « Sitopia » et j’ai adoré ce mot et son concept pour résumer tout ce que je voudrais vous dire : Alors j’ai un peu vérifié ses dires et les traductions parce que mes notions de grec ancien remontent un peu : sitos : c’est le grain, le blé ; et topos : le lieu.

D’où un lieu où l’on prend en considération le grain, la nourriture.

Thomas Moore parle d’utopie, mais penser le monde comme une utopie (un lieu qui n’est pas ou qui est le bon lieu) c’est un peu trop stérile.

La sitopie, pour Carolyn Steel, ce n’est pas une utopie, ce doit être une réalité.

Je ne vous referai pas son argumentaire, j’ai encore trop de choses à dire, je vous laisse le trouver.

(Et je vous le mets ici grâce à la magie d'internet)

 

En gros, avec une image de famille joyeuse autour d’une table, genre famille américaine des années 60, elle dit que si nous valorisons ce que nous mangeons, si nous y mettons de la joie, nous avons tout gagné. Et puis beaucoup d’autres choses beaucoup plus complexes.

 

Au quotidien, je cherche à rectifier mes actes pour que cette Sitopie soit bien réelle et fortifie, en faisant des ronds dans l’eau.

Rien de révolutionnaire, je suis une témoin de notre sitopie.

Je suis arrivée en Auvergne, elle existait déjà, mais en tant qu’urbain, il faut le savoir et faire l’effort : il y a des marchés partout, tous les jours à Clermont et dans sa proche agglo. Avec des vrais producteurs parmi les nombreux revendeurs.

J’ai découvert les AMAP, les associations pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne. Il y en a forcément une à côté de chez vous. J’ai testé, j’ai rencontré des personnes géniales, motivées, convaincantes. Beaucoup y trouvent leur bonheur et une vraie relation avec ceux qui produisent ce qui fait ce que nous sommes. Certains vont me dire, oui, mais il faut s’engager et effectuer des tâches, comme dans chaque assos.

J’ai découvert le Biau Jardin, qui propose des abonnements hebdomadaires aux paniers de légumes. Oui, mais on va me dire, l’abonnement, et puis le non choix…

J’ai découvert le panierpaysan.com, pour se faire livrer chez soi des produits fermiers que l’on commande sur internet. Ce coup-ci : « oui, mais le prix, oui mais internet… »

J’ai découvert La ruche qui dit Oui, et la charmante Valérie qui elle aussi permet de commander sur le net et de venir récupérer sa commande autour d’un verre. Le drive de la ferme en somme. En plus elle blogue bien sur le Potdeterre63 et vous conte les petits cochons et les fromages de chèvre…

 

Et parmi toutes ces solutions pour rapprocher la ville de la campagne, je ne comprends pas qu’on continue à s’alimenter de tomates d’Espagne, de pommes de Nouvelle Zélande et de melon hors saison.

Je reste très naïve.

La sitopie existe en Auvergne, les pépites sont partout dans la Terre. Mais il reste à amorcer la pompe, ou plutôt, à la réamorcer, parce que c’est comme cela que l’on vivait il y a peu… Moi j’ai amorcé cette démarche. Je suis loin d’être parfaite, avec deux petites filles, et en partant de loin, on ne peut pas être parfait d’un coup. Rome ne s’est pas fait en un jour ! Je continue à aller chez Chronodrive, pour des choses que je ne pourrais pas trouver en local, et que mes filles réclament, mais je préfère aller en centre-ville, dans mes commerces de proximité,  à l’Eau Vive, parce que Raphaël, le directeur a un vrai souci de l’approvisionnement local en plus de bio.

 

Moi, je n’aurais pas amorcé cette pompe sans l’arrivée de mes filles, ma sage-femme Isabelle Brassier, et la rencontre de Slow Food.

Merci RCF, c’est encore à mon émission de radio que je dois cette rencontre. Vous connaissez Slow Food ? Non ?

Manger Bon, Propre et Juste. Une belle devise initiée en 1986 par Carlo Petrini en Italie. On défend des produits alimentaires en voie d’extinction, les sentinelles, parce que peu d’hommes restent motivés pour les produire : genre le salers tradition salers, la lentille blonde de Saint-Flour…  On parle consomm’action et plaisir et on essaie d’appliquer la Haute Qualité Alimentaire au quotidien, pour que le local revienne dans nos assiettes même en collectivité. Et à l’international, parce que les priorités ne sont pas les mêmes, On parle souveraineté alimentaire, pour que les pays en voie de développement aient le choix de ce qu’ils produisent pour s’assurer des cultures vivrières en total indépendance. De vrais choix politiques.

Et  avec le Slow Food Youth Network, les jeunes Slowfoodiens, la mobilisation contre le Gaspillage Alimentaire est de plus en plus forte.

A l’échelle de la planète, on gaspille un tiers de la nourriture produite. Moi ça me rend malade de savoir cela.

Tout le monde le sait, mais personne ne l’imprime, alors ils ont créé les DiscoSoupes : récupérer les légumes qui auraient été jetés sinon, et en faire des salades, des soupes, en musique. Derrière y a du fond, mais surtout pas de moralisation.

Ils étaient présents lors des commissions de travail qui ont permis à Guillaume Garot, Ministre délégué à l’agroalimentaire de rédiger son Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire le 14 juin dernier, pour diminuer par deux le gaspillage alimentaire dans notre pays d’ici à 2025.

 

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Et puis avec RCF, j’ai croisé Anis Etoilé, qui travaille en Auvergne, sur les mêmes sujets que Slow Food et sur la solidarité internationale. Encore une super assos, encore une fois je m’engage au CA… Pareil, on y est heureux quand on mange et quand on apprend à faire le cuisine. La sitopie en action !

D’ailleurs Céline Porcheron et Nathalie Gregoris, d’Anis Etoilé,  travaillent avec l’Institut de Formation Slow Food France pour réaliser des Diagnostics Territoriaux, pour voir comment faire de la sitopie une vérité pour tout un chacun : elles sont allées voir des producteurs, des collectivités, des restaurateurs, des transformateurs, des consommateurs pour voir quel maillon de la chaîne limer un peu pour que tout s’enchaîne de façon plus fluide.

 

La collectivité, milieu où j’ai travaillé pendant 4 ans, et pour lequel je travaille encore ponctuellement est la clé de tout. S’il n’y a pas plus de volonté de la part des acheteurs de ces restaurants d’acheter en local, des produits bruts, on ne pourra arriver à rien.

Et c’est vraiment jouable, les clients captifs n’attendent que ça, un peu plus de qualité, de fraîcheur, même s’il y a moins de viande…  C’est à nous consommateurs et clients de le réaffirmer.

Il y a même des outils pour que cela soit plus simple :

Chez nous, Auvergne Bio Distribution, qui existe depuis un moment maintenant,

Agri Local 63, la plateforme d’achat pour les collectivités…

Ou plutôt un système comme Résalis qui est mis en place dans les Deux Sèvres par Emmanuel Bailly, un homme passionnant que j’ai eu la chance de rencontrer au Salon du Goût Slow Food à Turin et que j’ai interviewé pour La Table de Clémence. Au lieu de fonctionner par appel d’offre, démarche trop fastidieuse pour les acheteurs, Résalis propose de collecter auprès de tous les agriculteurs locaux ce dont la collectivité a besoin : si elle commande 3 cagettes de pommes, Résalis rassemble 1 cagette de Monsieur Durand, et deux de Monsieur Dupont, sans que l’acheteur n’est rien d’autre à faire qu’appuyer sur le bouton commande.

C’est rien mais ça change tout. On rentre dans un cercle vertueux.

 J’ai redécouvert une Auvergne sitopie. Je n’y suis pour rien, le trésor est là, mais il a besoin de nous pour se révéler pleinement. J’essaie au quotidien de passer le message, que ce soit via mon blog, mon émission, mes cours et mes petits plats, mais elle a besoin de nous tous pour perdurer et s'amplifier."