Avant de partir en vacances sous le soleil d’autres régions de France, je classe un peu mes vieux dossiers, mes articles commencés jamais terminés, pour pouvoir ensuite me vider la tête sans scrupules. Ainsi, je retombe sur mon dossier Assemblée Générale Slow Food France du 4 juin 2011. Entre les répètes, la radio, les cours et les petites, je n’ai jamais pris le temps de retranscrire le discours de Carlo Petrini, pourtant fort intéressant et fédérateur. Je ne sais pas si ce sont les beaux jours qui me mettent dans cet état-là, mais j’ai des envies de changements, de monde meilleur, des relans d’ « Un autre monde est possible si… ». Je reprends donc là où j’avais laissé mon texte… On fera comme si de rien n’était, les propos restent toujours valables, c’est là l’essentiel !

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Ce week-end  a eu lieu l’Assemblée Générale de Slow Food France à Clermont-Ferrand. Un moment studieux, capital pour l’avenir du mouvement dans notre pays, pendant lequel nous avons surtout eu l’occasion de réaffirmer notre identité pour tendre vers une action quotidienne plus lisible et plus déterminée.

Dans mon cas, c’était avant tout une découverte des tenants et aboutissants de cet énorme bateau qu’est le Slow Food. J’avais beau avoir pris ma carte d’adhérente, je n’arrivais pas trop à comprendre le « plus produit » (pour reprendre l’expression favorite de mes conseillers en création d’entreprise) de cette association par rapport à tant d’autres qui militent pour le bien manger aussi, comme les AMAP, les mouvements bio, les associations de producteurs.

 

Carlo Petrini, fondateur et président du mouvement Slow Food International,  a eu la bonne idée de venir rencontrer ses adeptes français, et son éloquence a fini de me convaincre de l’utilité d’adhérer à Slow Food. En élève studieuse et appliquée, j’ai pris quelques notes que je vous retranscris ici :

Anthelme Brillat Savarin a été le premier à parler de la gastronomie, non pas seulement comme une compilation de recettes, mais comme une « science holistique. » Dans le terme de gastronomie, se mêlent des processus physiques et chimiques, des connaissances en biologie, en génétique… Ce qui fait de la gastronomie une « science écologique », une « économie politique ».

C’est cette science holistique qui parle au pêcheur, au producteur, au consommateur aussi dans leurs quotidiens si différents.

 « Slow food a choisi la philosophie de Brillat Savarin », la gastronomie dans son acceptation la plus large.

« TERRA MADRE a changé notre cœur, notre esprit »

 (pour les non-convertis  et d’après Wikipedia Universalis et spiritu sancti : « Terra Madre est un réseau mondial des communautés de la nourriture créé par Slow Food en 2004.

« Il regroupe des "communautés de la nourriture" engagées, chacune dans son contexte géographique et culturel, à sauvegarder la qualité des productions agro-alimentaires locales. Les communautés partagent les problèmes engendrés par une agriculture intensive préjudiciable des ressources naturelles et une industrie alimentaire de masse visant à l’homogénéisation des goûts et mettant en danger l’existence même des petites productions. Presque 9 000 personnes se sont réunies en 2006 à Turin lors de la deuxième édition de Terra Madre : 4 803 agriculteurs, éleveurs, pêcheurs et producteurs de l’agroalimentaire artisanal provenant de 1 583 communautés de la nourriture, de 150 pays ; 953 cuisiniers ; 411 professeurs et représentants de 225 universités, 2 320 observateurs et accompagnateurs et 776 volontaires. »

« Et ça continue encore et encore… » d’après un chantre du pays d’Oc que je ne citerai pas…)

Carlo Petrini nous exhorte à avoir l’esprit disponible, à garder la porte ouverte.

Slow Food, ce sont 1400 conviviums (associations locales) dans 80 pays. Le réseau Terra Madre quant à lui est présent dans 173 pays du monde.

Nous sommes arrivés d’après lui à un moment historique pour Slow Food. Si au départ, l’association militait pour le « droit à la gourmandise », nous assistons actuellement à une décolonisation de la gastronomie dans tous les pays du monde.  Nous ne pouvons, ni ne voulons  rester une association de gourmands, de gourmets, qui ne se soucierait pas du comment ? du pourquoi ? de l’après ?

Pour signifier ce changement dans la philosophie de Slow Food, deux évènements à venir sont à noter : Carlo Petrini souhaiterait voir se dérouler bientôt les rencontres Terra Madre aux Etats-Unis et veut également réunir des producteurs du réseau à Bruxelles en Avril 2012 en parallèle du sommet européen sur la pêche, pour changer les règles actuelles (qui autorisent purement et simplement la piraterie).

« Notre système agro-alimentaire basé sur la production en masse est un système criminel. »

En Europe la PAC est un désastre. Et pourtant, nous avons derrière nous toute une longue histoire de la gastronomie, de la paysannerie. Aujourd’hui, il n’y a plus que 4% d’agriculteurs. On ne peut pas parler de gastronomie dans un tel contexte, comme de simples gourmets, les priorités sont ailleurs.

« Slow Food doit prendre le drapeau de la gastronomie holistique de Brillat-Savarin pour lutter aux côtés des paysans, des pêcheurs. »

 

« A l’heure actuelle, c’est la nourriture qui nous mange : depuis 120 ans, nous avons utilisé la chimie à outrance pour produire toujours plus ; aujourd’hui le sol est mort.

« La prochaine guerre sera pour l’eau. » Slow Food est bien sûr contre la privatisation de l’eau (qui a fait l’objet d’un très récent référendum en Italie)

Les carottes, le lait, les matières premières… sont payés un prix dérisoire aux producteurs.

En tant que militants Slow Food,  « nous devons être coproducteurs, donner au consommateur la plus grande connaissance possible de l’action du pêcheur, du producteur, de l’agriculteur. »

En Bretagne, par exemple, la situation est dramatique, les petits producteurs sont traités comme des esclaves. Grâce à l’action de tous les conviviums, nous devons apporter une vision nouvelle de la production alimentaire. Nous devons être un LOBBY VERTUEUX.

Carlo Petrini veut arriver à Bruxelles avec 4000 délégués Slow Food, des producteurs, des chefs, des consommateurs, pour changer la politique actuelle, et convaincre les hautes autorités que la seule solution est d’acheter les productions à un Prix Bon, Propre et Juste.

LE METABOLISME (« MANGER, DIGERER, TRANSFORMER ET REDONNER A LA TERRE »), C’EST L’ACTE LE PLUS POLITIQUE AU MONDE.

Il faut dépasser les clivages régionaux, nationaux… Collaborer avec les autres associations comme les AMAP, Greenpeace, la Confédération Paysanne.

Nous devons multiplier les actions tournées vers le grand public, comme par exemple les jardins potagers ouverts aux écoles. Il faut « être protagoniste au niveau des conviviums ».

« La vraie démocratie, c’est L’AUSTERE ANARCHIE. Nous sommes citoyens du monde, nous devons aimer notre terre, nos productions en local mais aussi AIMER NOTRE TERRE DE FAÇON GLOBALE. »

 

Que peut apporter à tous les mouvements contestataires et écologistes actuels, notre mouvement Slow Food ? Nous sommes des « militants du goût, nous sommes un mouvement international pour le DROIT AU PLAISIR. »

Un écologiste qui n’est pas gastronome est triste.

LA TABLE DU PAUVRE, DE LA FEMME AU FOYER, DE L’ETUDIANT, DOIT ETRE RESPECTEE COMME CELLE DES GRANDS CHEFS. C’est en gardant en considération les plaisirs de la table comme droit fondamental, que nous pourrons changer le monde.

Slow Food doit apporter un peu de gaieté (de la « joyosité ») aux autres mouvements.

 

On ne doit pas voir de différence entre Slow Food et le réseau Terra Madre. Toutes les gastronomies du monde sont importantes. Terra Madre, réseau de petits producteurs, est marqué par l’inertie de la Terre ; Slow Food, dont les membres sont davantage des citadins, des personnes avec des métiers très divers, offre une distanciation par rapport à la production pour mieux en appréhender les tenants et les aboutissants.

Le rôle de Slow Food est de tisser un lien entre les évènements ponctuels que sont les regroupements Terra Madre.

Sur ces belles paroles, je vous laisse profiter du soleil et de vos vacances. Vagabondez bien dans les vignes, sur les marchés, perdez-vous gaiement chez des petits producteurs, trainez joyeusement entre amis autour de tables foisonnantes. Consommez en conscience et toujours avec plaisir.