Adieu, veaux, vaches, cochons, shopping sauvage et dînette entre minette… Ma dure réalité m’a encore rattrapée alors que je m’étais juste échappée deux toutes petites heures et que je commençais à savourer ma liberté conditionnelle. Ah ! Comme ça me paraît loin déjà ma petite séance coiffeur, et mon tout petit tour de boutique, à peine une mise en bouche pour me faire saliver encore plus ! Arghhh ! Pourquoi ma grande crevette a-t-elle soudain senti le besoin impérieux de faire péter son record de thermomètre le plus chaud ? 39.5, comme ça, sans crier gare, comme par un fait exprès ! Je touchais du doigt le Nirvana de la mère aimante et épanouie, l’équilibre entre femme fatale et nourricière : je n’en demandais pourtant pas beaucoup : une coupe, du papotage et des essayages ; le minimum syndical quoi, et en plus, je gardais mon petit bouquet sous le bras pour assurer les tétées inopinées ! On est loin de la mère indigne fuyant ses responsabilités… Et ben, même ça, c’était trop demander à mes squatteuses de bras et de téton. A midi et demi, la fête était déjà finie : la halte-garderie me priait de venir récupérer ma petite bouillotte auto chauffante… Et on ne fait pas patienter les services municipaux si on espère en avoir encore l’usage. Alors retour à la case maison… 

ET qu’est-ce que j’entends ? Déjà des petits couinements de gambas, va falloir ajourner mon billet pour me consacrer à ma progéniture. Comme toujours. Je vous causerai casseroles un peu plus tard.

Me revoilà, après deux jours, mais grâce à la technologie High Tech de l’écriture, vous ne vous en seriez même pas aperçu s’il n’en était de mon éthique personnelle. Je peux donc rassurer les amateurs de fruits de mer et de crevettes, ce n’était qu’une rhino et de grosses rages de dent. Juste de quoi nous inquiéter suffisamment pour appeler SOS Médecin (ben oui, faut que ça tombe un jour férié, sinon c’est pas drôle !...) et nous faire passer deux nuits apocalyptiques.

Enfin, j’en reviens donc à ce qui aurait dû, en toute logique, suivre le premier paragraphe ; « Alors retour à la case maison » et pour me consoler, je me confectionne une bonne plâtrée de gnocchi au potiron. Faut pas se laisser abattre ! Et comme mon homme n’a pas su apprécier à leur juste valeur ces petites bouchées de paradis, qui fondent en bouche comme un rien, je me les déguste en solitaire. Pour mettre les choses au clair : c’est la sauge qui était trop présente pour lui : trop de saveurs à la fois, ça déroute l’homo-sapiens mâle, je lui ai fait goûter sans beurre de sauge, et il a beaucoup aimé, même si pour lui un gnocchi se doit d’être ovale et strié comme en supermarché. Là, non, c’est du gnocchi sauvage, qui prend la forme qui lui plaît, loin de tout académisme gastronomique. Il improvise sa forme finale en plongeant dans la gamelle d’eau bouillante, c’est ce qui lui procure toute sa grâce, monsieur ! J’ai moi-même improvisé librement ma recette à partir de celle de l’incontournable Cuillère d’Argent, pour changer de la soupe et de la purée. C’est facile à faire, économique, rapide et absolument délicieux.

 

POUR 4 A 6 COUVERTS027


1.2 kg de courge muscade ou potiron

4 œufs

250 g de farine

50 g de farine de châtaignes

Sel/poivre

Parmesan entier

Quelques feuilles de sauge

50 g de beurre

 

Préchauffez votre four à 200°C. Epluchez et coupez en morceaux la courge puis disposez-la dans la lèchefrite recouverte d’aluminium. Mettez à cuire trois quarts d’heure. A la sortie du four, passez la courge au presse-purée. Laissez refroidir cette purée puis incorporez-y d’abord les farines puis les œufs ; fouettez bien pour éviter les grumeaux. Assaisonnez à votre convenance. L’appareil est prêt, laissez reposer au frais au moins une heure.

Au moment de déguster, mettez à bouillir une grande quantité d’eau salée. A côté, dans une petite casserole, on fait fondre du beurre avec les feuilles de sauge émincées pour qu’elles infusent gaiement. Avec une petite cuillère et en vous aidant de votre doigt agile, poussez de petites quantités d’appareil dans la marmite. Quand les gnocchis remontent à la surface, c’est qu’il faut les sortir ! On les repêche à l’écumoire, on les met dans le plat de service et on continue son dur labeur.

Arrosez votre œuvre du beurre à la sauge (sauf si votre homme râle) et dégustez bien chaud avec du parmesan fraîchement râpé.