Retour au bercail après deux bonnes semaines d’absence… Semaines un peu en creux, pour ceux que ça intéresse : la fatigue peut-être, le printemps qui tarde à arriver et surtout un ras-le-bol sournois qui s’insinue dans votre esprit sans savoir pourquoi.

(ndlr : la lecture du paragraphe suivant est fortement déconseillée aux aspirants ou jeunes parents ainsi qu’aux célibataires qui tendent un jour à ne plus l’être et à avoir des enfants à leur tour…)

Parce que c’est bien beau de faire des bébés, de prendre des congés parentaux… De l’extérieur, on se dit qu’on se la coule douce, que ce n’est que du bonheur de s’occuper de ses rejetons ; évidemment c’est chouette ; mais c’est avant tout mettre sa vie précédente entre parenthèses, se décentrer de soi pour se consacrer aux désirs, aux pleurs, aux petites avancées d’un autre petit être. Pas si facile de ne plus se considérer comme le centre du monde, de renoncer aux sorties, aux concerts, aux spectacles. Dieu que ça manque de ne plus avoir sa dose de culture, de rencontres, d’apéros qui durent jusqu’à pas d’heure ! Ah bien sûr, on découvre un nouveau monde très intéressant fait de contes pour enfants, d’ateliers d’éveil ; mais ce n’est pas si évident que ça de se considérer appartenir à ce nouveau groupe solidaire des « Gentils Parents Parfaits qui s’Assument », alors que peu de temps auparavant, on était juste des presque trentenaires qui veulent s’amuser et profiter de la vie. J’adore ma fille et je vais aimer au moins autant la deuxième, mais, oserai-je le dire ?... je ne supporte pas les « agaga, areureuh » bêtifiants, les comparaisons permanentes, les poussées d’admiration disproportionnées, les congratulations mielleuses auxquelles s’adonnent volontiers les mères et les proches de tous les bambins du monde. Et pourtant, je me surprends horrifiée à faire de même, à m’inquiéter de dents qui n’arrivent pas, à m’extasier sur un « papa » enfin prononcé et je ne me reconnais plus. C’est terrible. De là un bon craquage et une remise en cause profonde ces derniers temps.

Je crois que je passe par une crise de baby-blues précoce ou tardive, selon le bébé de référence. Je me pose des questions stupides sur ma faculté à être une bonne mère, sur ma capacité future à sortir de ce statut, certes gratifiant sous plein d’aspects, mais aussi très aliénant, il faut bien se l’avouer. Grosso modo, depuis plus d’un an et demi, je n’ai travaillé que deux petits mois et encore, en y allant à reculons : la restauration collective n’étant pas vraiment, comment dire ?... un but en soi pour moi ni le boulot d’une vie. Enfin, on ne peut pas tout avoir à la fois : de belles petites filles, l’épanouissement personnel et la réalisation de projets professionnels. Chaque chose en son temps, mais des fois, on aimerait tout bousculer, tout envoyer paître pour satisfaire quelques plaisirs égoïstes. Surtout quand, alors qu’on joue à la sainte mère dévouée depuis un long laps de temps, votre cher et tendre arrivant tranquillement du boulot (d’une pseudo vie sociale quoi…pour qui est en congés depuis 18 mois) se voit systématiquement préféré par le petit machin ingrat dont vous vous êtes occupé toute la journée, qui d’un coup ravale ses larmes torrentielles, offre à son sauveur de superbes risettes et hurle si vous avez l’audace de vouloir le reprendre dans vos bras. Et là, tout peut basculer, une seule petite réflexion innocente du père du genre « Tu sais, je ne pense pas qu’elle ait faim pour l’instant » ou «non mais elle n’aime pas les pâtes en fait », et c’est tout votre monde qui s’écroule. Et oui, il faut le vivre pour le croire… Je n’aurais jamais cru pleurer à une réplique aussi plate que ça. Comme quoi on change…

Mais ces quelques mots suffisaient à remettre en cause les choix éducatifs que j’effectue au quotidien, les seuls et uniques qui m’incombent en ce moment, questionnaient ma patience et ma disponibilité envers mon enfant et me mettaient face à mon inutilité. C’est un travail de chaque instant de trouver sa légitimité dans son rôle de mère au foyer pour qui se veut féministe. C’est bien beau de déculpabiliser les mauvaises mères, comme le fait Badinter, mais qui s’occupe de soutenir celles qui font passer le bien-être de ce bébé qui n’a pas demandé à être là, avant le leur ?... Celles qui se font un devoir de mettre entre parenthèses leurs désirs personnels en se demandant s’ils ne faut pas les oublier à jamais ?

Mon homme (il est assez parfait dans son genre) s’est excusé d’être arrivé avec ses gros sabots ; il redouble depuis d’attentions pour sa petite femme au bout du rouleau et, ô miracle ! a même accepté que je me coupe les cheveux !

C’est incroyable comme les allègements capillaires influent sur le moral : un bon petit changement de tête et tout repart… Ajoutez à cela un petit week-end filles et un brin de spectacles et les idées noires s’évaporent. Je ne suis pas si mal comme maman après tout, notre bout de fille a l’air plutôt heureux finalement, c’est le principal ; et puis même si j’appréhende beaucoup de me retrouver avec deux enfants en bas-âge, je ne suis pas la première à qui cela arrive et ça se fera. Enfin j’espère…

Euh… je crois que je vais proposer un petit week-end en amoureux à mon homme, je sens que les angoisses reviennent…

Fin de la digression

Donc, pour lutter contre la morosité, rien de tel que de casser la routine en revenant à des basiques trop souvent délaissés : les abats.

Les rognons sont hyper économiques (6 euros le kilo), super diététiques et bourrés de phoshore, Vitamine B, et de magnésium, me semble-t-il. De quoi se remotiver à en préparer. En plus, c’est très rapide : en 20, 25 minutes on est à table.

 

Pour 4 personnes003__3_

 

1 rognon de bœuf de 600 à 700 g

(préparé ou non, selon votre motivation)

150 g de champignons bruns

(ou blanc, mais plus souvent polonais)

2 pommes un peu acides

1 lichée de calvados (5 à 10 cl)

1 coulée de jus de pomme (15 cl)

1 soupçon de crème liquide (15 cl)

1 cuillérée (à soupe) de moutarde

2 bonnes noix de beurre

1 échalote

Sel/poivre

Un peu de persil ou de cerfeuil

(eventuellement)

Prévoir du riz ou des pâtes en accompagnement

 

Commencez par préparer vos rognons, si vous avez voulu faire le pro : dégraissez et dénervez minutieusement puis découpez en bouchées suffisamment grosses mais pas trop (comme ça, c’est vous qui voyez…).

Lancez la cuisson du riz pour qu’il soit prêt à temps.

Epluchez et ciselez l’échalote. Faites chanter sur feu vif la première noix de beurre dans une grande poêle ou une sauteuse et jetez lui l’échalote à suer et réduisez le feu.

Lavez sous un filet d’eau les champignons, coupez à peine le pied et émincez-les. Remontez le feu et ajoutez les champignons dans la poêle. Salez et poivrez de suite. Surveillez d’un œil (4 minutes de cuisson maxi) et consacrez l’autre à superviser l’épluchage et l’évidage des pommes. Remuez le contenu de la poêle, coupez les pommes en dés et jetez-les aux champignons. Laissez dorer encore deux minutes sur feu vif et arrosez de jus de pomme pour lier le tout. Une minute et on met de côté.

On récupère direct la poêle (pas de vaisselle inutile) pour y mettre à fondre la deuxième noix de beurre sur feu vif. Au tour des rognons de passer un sale quart d’heure, ou plutôt trois minutes, qu’ils restent rosés ventre bleu ! On assaisonne, on rajoute les pommes et les champignons et on flambe avec le calvados. Une fois la flamme éteinte, on crème, on moutarde, on touille, on laisse bouillonner 2 minutes même pas et on sert avec le riz qui achève sa cuisson.

Ah ! J’oubliais, un peu de persil par-dessus pour un peu de fraîcheur et de couleur.

Je crois qu’il y a plus malheureux que nous.