C'est drôle comme la vie réserve tous les jours des surprises... Est-ce que nous sommes vraiment tous connectés les uns aux autres? Parfois je me le demande sérieusement.

Cette semaine, deux amies dont je n'avais plus de nouvelles depuis une éternité ont refait surface subitement. J'avoue être certainement la plus fautive dans ce silence prolongé. J'ai beau adoré écrire depuis toujours, je ne suis pas très douée pour donner des nouvelles. Pourtant, ado, je noircissais des pages entières dans lesquelles je détaillais par le menu ma vie "trépidante" et "passionnante" avant de les envoyer à mes amies. C'est une habitude que j'ai ensuite gardée lorsque je vivais en Espagne et puis qui m'a finalement quittée à mon retour sur la France. Pourtant, j'aimais plus que tout ce moment où l'on décachète la lettre qui vient de loin, que l'autre a pris du temps à écrire, à relire, à plier et à envelopper; ce moment où l'on découvre l'écriture familière et où l'on prend le temps de s'y immerger.

Je suis sûrement une ringarde finie, mais je trouve que le téléphone a tout gâché... On n'a plus le temps de peser les mots justes, de tourner et retourner les phrases pour que l'autre saisisse bien toutes les nuances du message que l'on cherche à faire passer. Cette sonnerie qui retentit n'importe quand, qui vous prend à un moment que vous n'avez pas pu choisir... C'est assez odieux. Alors je n'appelle pas, ou peu, quand c'est vraiment nécessaire et de façon très brève, pour ne pas déranger. Et je ne prends pas non plus le temps d'écrire... ça c'est sûrement un tort. Ce n'est pas pour autant que je ne pense pas aux gens. Et j'ai la chance d'avoir des amis qui je pense ont à peu près la même position que moi sur ce sujet. Le temps est si relatif, il nous rapprochera à la prochaine marée... Et rien n'aura vraiment changé dans notre relation.

C'est ainsi que le temps a remis sur mon chemin des amies que j'étais sûre de recroiser un jour. Une histoire de rêves, au sens propre du terme : ça faisait un moment déjà qu'elles étaient dans mes rêves. je ne sais plus dans quelles circonstances mais je sais qu'elles y étaient. Lorsque le téléphone a sonné mardi soir, je savais sans regarder l'écran, qui était au bout du fil et pour une fois, j'étais tout à fait disposée à décrocher. Cela faisait presque deux ans que nous plus de nouvelles l’une de l’autre et même si je m'en veux un peu de ne pas avoir été davantage là pour elle concrètement, nous étions quand même très proches pendant que le temps jouait avec nous. Elle savait sans que je lui dise que j'étais enceinte, elle avait rêvé de moi plusieurs fois...

Mercredi, pour une fois, je me suis motivée à aller à la piscine avec les amis: sortir de chez soi à 18h30 quand on a passé la journée au chaud, dans son petit cocon, et affronter le froid, la nuit, l'humidité, c'est loin d'être évident... Alors assez souvent, je passe mon tour, mais là, j'étais déjà dehors tout l'après-midi (ne le dites pas à n'importe qui ou j'aurai des soucis...) donc j'ai enchaîné. En sortant du bain (plus de bavardages que d'exercice, les femmes ne sont finalement pas toujours les plus piplettes!), je suis tombée nez à nez avec une amie que je n'avais pas vu depuis facilement... sept ans, sauf en rêve évidemment. Bizarrement, cela ne m'a pas plus surprise que ça de la voir là. J'étais très heureuse, mais il était évident que cela se produirait, bien que la dernière fois que nous nous étions croisées, c'était sur Paris. Croyez-moi si vous le voulez mais elle m'a dit presque immédiatement qu'elle avait rêvé de moi...

Et il faudrait encore croire au hasard?

Tout cela pour en venir au saumon? Bah, oui et non... Mais quand la vie vous fait d'aussi jolis cadeaux, il faut savoir les déguster et en faire profiter les autres pour que ces coïncidences se perpétuent éternellement. Il faut juste rester éveillé.

Venons-en maintenant à la pitance! C'est pour cela que nous sommes-là après tout : après mes impressions, une petite improvisation sur le thème ultra rebattu du saumon au poireau, pour ceux et celles qui ne l'auraient jamais abordé et les autres.

C'est facile, c'est un plat complet, c'est délicieux et ça en jette!

La pâte de sésame n'est pas essentielle ni le gomasio, mais je trouve que c'est elle qui donne à ce feuilleté minute tout son caractère, en apportant en bouche cette légère âpreté qui contrebalance la douceur du poireau fondu. A vous de juger! La tahina (purée de sésame), ce trouve en épicerie fine (Chez Gaucher à Clermont) et sûrement chez les épiciers arabes ainsi que dans les magasins bio. Pareil pour le gomasio (mélange de sésame grillé et de sel, vanté par les nutritionnistes).

cuisine_333

Pour 2 feuilletés

 

4 feuilles de brick

2 morceaux de saumon de 150 à 200g

(débarrassés de leur peau)

3 ou 4 blancs de poireaux

(gardez les verts pour la soupe)

20 g de beurre

5 cl de crème

2 c à café de tahina

(on récupère aussi de l’huile de sésame du pot)

gomasio

sel/ poivre

Pour la sauce aux poireaux

Le reste des poireaux

5 cl de muscat

10 cl de crème

10 cl d’eau

sel/poivre

Commencez par préparer vos poireaux. Retirez la première feuille, coupez le bout et ouvrez-les en deux. Passez-les soigneusement sous l’eau pour enlever tout reste de terre. Emincez-les assez finement (le goût ne changera pas non plus si les morceaux ne sont pas très réguliers…). Dans une sauteuse, faites fondre le beurre et ajoutez vos poireaux. Assaisonnez dés maintenant. Démarrez leur cuisson sur feu assez vif en mélangeant assez souvent pendant 4 à 5 minutes. Puis baissez à feu doux et couvrez la sauteuse pour que les poireaux cuisent doucement dans leur eau. Vérifiez de temps en temps qu’ils n’attachent pas et contrôlez la cuisson. Au bout de 8 à 10 minutes, ils sont normalement déjà bien tendres, il ne reste plus qu’à les arroser d’un filet de crème liquide pour que l’osmose soit totale. Laissez refroidir un peu.

cuisine_328

Allumez votre four à 200°C.

Si Madame la poissonnière n’a pas daigné retirer la peau des tronçons de poisson, glissez une lame affûtée entre la chair et son manteau et séparez-les définitivement. Passez la pulpe du doigt sur le saumon pour vous assurer qu’il ne reste ni arête ni écaille, sinon, attrapez votre pince à épiler la plus aiguisée et extirpez-les sans pitié. Un filet d’eau froide pour calmer la douleur car « nul ne mérite de souffrir inutilement, qu’il soit homme ou poisson » (dicton bourbonnais du… XIIéme siècle si je ne m’abuse.).

Habillez d’une feuille de papier sulfurisé la lèche-frite et déposez dessus 2 feuilles de brick. Ouvrez votre pot de tahina (doucement ! ou vous courez comme moi à la catastrophe : de l’huile partout sur la table et les habits… Mais pourquoi n’indiquent-ils pas en grosses lettres « DANGER », sur le couvercle ? Les concepteurs de la boîte sont-ils assez vicieux pour se réjouir du malheur d’une pauvre petite cuisinière découvrant pour la première fois leur produit ? Serait-ce un bizutage à distance ?) et trempez un pinceau dans l’huile qui recouvre la pâte (si mon pot était unique en son genre et effectivement piégé, utilisez de l’huile de sésame pour rester dans le ton) pour badigeonner les feuilles. Recouvrez chacune d’une deuxième feuille et adoptez alors un coup de pinceau plus léger pour vous occuper d’elles.

cuisine_325Déposez ensuite une bonne grosse cuillérée de poireaux dans la partie inférieure (mais pas non plus au bord) de la feuille de brick, étalez-la en rectangle et déposez dessus le morceau de saumon. Tartinez avec une cuillère de pâte de sésame (sans trop en rajouter non plus), poudrez de gomasio ou de sésame et de sel et poivrez.

Repliez alors la feuille de brick comme un gros nem, en rabattant d’abord les côtés puis la partie basse et enfin la partie la plus importante en essayant de la coincer en dessous.

On redonne un petit coup d’huile pour que ça grille joliment et on remet un peu de gomasio.

Faites pareil avec la deuxième papillote et enfournez 20 minutes.

Pour la sauce, rien de plus facile, mettez à bouillir le muscat quelques minutes histoire d’éliminer l’alcool. Puis réunissez dans votre blender le reste de la fondue de poireaux, le muscat et la crème liquide. Un bon coup de mixer et reversez dans une casserole avec de l’eau pour détendre la sauce. Assaisonnez et faites chauffer doucement pendant que le saumon finit de dorer.

J’en ai bien sûr fait tout un roman mais la préparation n’est pas si longue que cela : 5 minutes pour la fondue de poireaux ; 5 minutes pour le montage et 2 minutes pour la sauce…

12 minutes pour un repas gastronomique, ça passe non ?

cuisine_329